"Quand on étudie l'économie, finalement on étudie l'Homme". Pour l'universitaire Nicolas Postel, il ne fait aucun doute que l'économie fait partie des sciences humaines et sociales. Le directeur de recherche au CNRS, André Orléan, partage le même point de vue. Selon lui, contrairement aux sciences de la nature, l'économie ne se contente pas de décrire et d'expliquer le monde.

Les théories économiques à l'origine de la crise

L'économiste va plus loin, "les sciences sociales ne peuvent pas être des sciences d'experts car il s'agit de produire un monde où nous serons tous engagés." Loin d'être déconnectées du réel, les théories économiques ont par exemple contribué à l'émergence de la crise économique. "Parce que la théorie soutenait que les marchés sont efficients et contribuent au bien-être, la financiarisation du monde s'est développée", explique André Orléan."Les cadres de la pensée financière ont été formés dans un monde où il n'y a pas de crise, donc quand on leur demande de trouver des solutions, ils ne les voient pas", ajoute Nicolas Postel. Pour retrouver la croissance, il recommande d'adopter des théories moins monopolistiques et davantage démocratiques.

Le langage des mathématiques

Mais comment démocratiser l'économie, quand la plupart des modèles reposent sur des formules mathématiques? "Si vous ne maîtrisez pas la modélisation mathématique et les statistiques, vous ne comprenez pas grand-chose", reconnaît Roger Guesnerie. Le professeur au Collège de France croit en la vertu des mathématiques comme "langage commun pour discuter entre économistes". Si les trois intervenants s'accordent sur l'utilité des formules, Nicolas Postel rappelle que ce langage n'est pas neutre. "C'est la raison pour laquelle on ne peut pas en faire un critère de scientificité". Face à une actualité faisant un procès aux économistes, le champ de l'économie doit s'ouvrir aux débats démocratiques.