La période des Trente Glorieuses constitue-t-elle une référence trompeuse quand on parle de la croissance ?

La croissance des Trente Glorieuses n’est pas reproductible. L’économie française a changé, le monde également. Cette époque correspond au " baby-boom " et maintenant nous sommes dans une phase de vieillissement de la population. Pour autant, il y a des leçons à retenir de cette période. L’accumulation de capital et l’investissement qui en découlait ont agi comme de forts moteurs de la croissance par exemple. C’est une stratégie qu’il est toujours possible de mettre en œuvre.

Y a-t-il un levier de croissance pertinent qui n’est pas assez utilisé selon vous ?

Un levier de croissance dont on ne parle pas assez est la concurrence. Le lien entre concurrence et innovation est capital. Trop de concurrence n’est pas bénéfique car les entreprises ne dégagent plus les marges nécessaires pour investir. Trop peu de concurrence n’incite pas à l’innovation et contribue à la stagnation économique.

Mettre en place une concurrence juste encourage les PME à investir. Elles sont les moteurs de l’innovation aujourd’hui, comme les grands groupes pouvaient l’être durant les Trente Glorieuses. Un autre aspect à prendre en compte est celui de la formation. Il faut encourager et développer la créativité. Cela passe par des changements dans le modèle éducatif français.

Concrètement, dans une Europe globalisée, que peuvent faire les décideurs politiques et économiques pour stimuler la croissance française ?

Bien sûr, la mondialisation et l’intégration européenne jouent beaucoup sur l’économie française. Mais la France n’est pas impuissante pour stimuler son dynamisme économique. La demande des pays émergents tire une bonne partie de la croissance par exemple. La capacité à répondre aux besoins de ces pays en biens et services est un levier de croissance que nous contrôlons. A ce titre, il est intéressant de noter que l’Allemagne est plus performante. Ensuite, les leviers institutionnels sont toujours à disposition. La fiscalité reste un moyen pour agir sur notre économie. De même, les questions de gouvernance, d’évaluation des politiques publiques, nous les maîtrisons, comme la réforme de l’université l’a montré.