Mise sur le devant de la scène par la crise financière qui secoue l’Europe, la Banque centrale européenne donne la possibilité de financer le coût de la dette pour des pays ayant perdu l’accès au marché à des taux supportables. Les "banques des banques" ont vu leur rôle progressivement évoluer. "Les innovations financières sont les fruits des crises et leur développement engendre d’autres crises." Un éternel cycle, selon Pierre-Cyrille Hautcoeur, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS). Depuis leur création au XIVe siècle, les banques centrales ont vu leur mission se modifier au gré des crises qui ont émaillé l’Histoire. L’exemple de la Banque de France illustre parfaitement cette évolution. Fondée en 1800, cet organisme avait pour vocation d’être la banque des marchands et de l’Etat. En 1889, suite au suicide de son président, le Comptoir d’Escompte - une des principales banques françaises - se retrouve en grave difficulté. Persuadés que cet acte est lié à une future faillite de la banque, les clients retirent leurs économies. La Banque de France intervient et évite la faillite de l’entreprise.

Des banques qui refusent de prêter aux autres

La situation n’a pas fondamentalement changé. La crise de 2007 en atteste. "Les banques centrales sont très innovantes en termes d’instruments et de pratiques", explique Laurence Scialom, professeur à l’université de Nanterre au laboratoire Economix. Parmi ces nouveaux métiers, l’injection de liquidités est devenue méthode courante."Les banques ont besoin de liquidités mais elles refusent de se prêter les unes aux autres", constate l’économiste. C’est donc contraintes et forcées que les banques centrales se substituent aux banques. L’occasion pour certains, dont Laurence Scialom, de revenir sur "les origines honteuses des banques centrales", citant la collusion entre marchands et Etat.

Pourtant, les tentatives de remise en cause de ces nouvelles pratiques ont été nombreuses. Comme le rappelle Eric Monnet, professeur à l’Ecole d’économie de Paris, "dans les années 1960 et 1970, on veut changer le rôle de la Banque de France. On lui reproche de sans cesse faire des avances à l’Etat". Malheureusement, la crise pétrolière et économique va casser ce mouvement et aujourd’hui, les dépenses des banques centrales se partagent entre les prêts aux banques et les achats de bons du Trésor. Cette tendance n’affecte pas Pierre-Cyrille Hautcoeur. Il considère que le rôle des banques centrales est encore appelé à évoluer. Avant, les banques centrales pensaient qu’il fallait limiter l’inflation à 1 ou 2%. "Aujourd’hui, on ne fait plus attention à cela. On ne risque pas de démarrage inflationniste." Une manière de rappeler les limites de la politique monétaire des banques centrales. Et de confirmer que leur métier a définitivement changé.

Photo : Scanrail-Fotolia.com