Spéculer sur les matières premières revient à jouer sur les stocks physiques (blé, soja, cacao, café...). Objectif pour les spéculateurs : acheter quand le prix baisse et vendre quand le prix monte. Mécanisme classique de l'offre et de la demande pour obtenir des gains dans un placement. Le spéculateur stocke les produits achetés.
À la différence des spéculateurs, certains agents optent pour la sécurité et la couverture, qui permet de vendre à terme. On convient alors d'un prix de vente à l'achat d'un titre. Et celui-ci sera effectif au moment de la vente. Le risque est moindre car il s'agit de prévisions et non de fluctuations au jour le jour.
 
Les deux faces de la médaille

Ces deux façons d'appréhender le marché des matières premières demeurent les leviers du secteur. Mais lequel est le réel responsable de l'envolée des prix ? Couverture ou spéculation ? Pierre-Noël Giraud, professeur d'économie à Paris-Dauphine, parle des "deux faces de la médaille", ajoutant : "tout opérateur physique qui ne se couvre pas est un spéculateur"
La spéculation n'a pas bonne presse. Et pour cause : les cours des matières premières "impactent directement la vie quotidienne", explique Michel Aglietta, professeur de sciences économiques à Paris 10 Nanterre. Par exemple : les professionnels du café en machine envisagent d'augmenter le prix du petit noir. Rien de concret pour le moment, mais la marge des intermédiaires du secteur rétrécit. La faute à la spéculation ? 
Difficile de répondre. Car la part des achats de matières premières issus de la spéculation ne sont pas quantifiables. Faute d'indicateur, les spécialistes s'accordent pour une "régulation" de la spéculation. 
Même si Roger Guesnerie, professeur au Collège de France, reconnaît la fonction "stabilisante" de la spéculation, évoquant la théorie de Milton Friedman. Pour l'économiste américain, les mécanismes d'achat et de vente des spéculateurs permettent d'équilibrer les cours et de les stabiliser. Force est de reconnaître l'opacité de ses stratégies boursières.
Début novembre, le G20 a réaffirmé sa volonté de mettre fin à la volatilité des matières premières. Ainsi pour évaluer au mieux le niveau des stocks et les prévisions de récolte, une base de données a été créée, l'AMIS (Agriculture Market Information System). La transparence suffira-t-elle à calmer les excés de la spéculation?
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