Précarité, exclusion, la pauvreté touche une part croissante de la population. Dans le monde, 800 millions de personnes vivent avec moins de deux dollars par jour. En France, 8 millions d'habitants sont considérés comme pauvres. Pour lutter contre ce phénomène, certains ont choisi d'encourager la capacité d'entreprendre des plus précaires avec un outil bien rôdé, le micro-crédit. Le principe est simple : prêter de petites sommes à ceux qui n'ont pas accès aux crédits classiques. Dans les années 80, Maria Nowak, qui travaillait pour l'Agence française de développement, rencontre Muhammad Yunnus, le créateur de la Grameen Bank au Bangladesh. Elle est séduite par la simplicité de son argumentaire. Le micro-crédit est la bonne solution pour lutter contre la pauvreté car "l'esprit d'entreprise, tout le monde en possède, et pour créer de la richesse, il faut du travail et de la richesse. Enfin, les gens pauvres vous remboursent toujours car ils ont un réel besoin." Depuis, les organismes de micro-financement se sont multipliés. A l'image de l'ADIE (Association pour le droit à l'initiative économique), créé en 1989 par Maria Nowak. A l'international, la référence est Oikocredit, une coopérative d'investisseurs crée en 1975.

Un produit bancaire presque comme les autres

La spécificité du micro-crédit réside dans le fait qu'il constitue un véritable produit financier. "C'est une autre forme de crédit qui s'adresse aux acteurs économiques les plus démunis, insiste Maria Nowak, aujourd'hui présidente à titre bénévole de l'ADIE. Ça ne veut donc pas dire que c'est un outil sans faille. Le risque de l'endettement existe." Mais le produit n'est pas aussi instable que les crédits classiques car "nos 430 000 investisseurs, répartis à travers le monde, ne demandent qu'une rentabilité sociale de leurs investissements, et non financière", témoigne Juliette Aubert, représentante pour la France d'Oikocredit. Si le premier objectif du micro-crédit est de financer la participation des plus démunis à l'économie, reste qu'il est "un formidable instrument de confiance, de lien social et d'espoir, ainsi que de démocratie". Face à cette vision positive, Marc Roesch émet des réserves critiques. Entre 2004 et 2008, ce chercheur au Centre international de recherche agronomique pour le développement (CIRAD) s'est rendu en Inde où il a pu observer de près les effets sur les populations du "micro-financement de masse". "J'ai vu des centaines de femmes exercer des petits boulots identiques dans les mêmes villages, et qui ne vendaient rien car le contexte économique ne permettait pas la réussite d'une telle activité, témoigne-t-il. Il faut aller jusqu'au bout, et penser en terme de marché". Autre problème pointé par l'universitaire, "le micro-crédit ne permet pas de sortir des griffes des usuriers". Il a constaté que certains utilisaient leur micro-crédit pour d'autres actions (rachat de dettes, achats alimentaires, etc) et les remboursaient en empruntant aux investisseurs privés, qualifiés d'usuriers. Un cercle vicieux qui n'empêche pas Marc Roesch de défendre l'utilité du micro-crédit, à condition d'être "ni le seul outil, ni massivement utilisé".

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