Les six intervenants ont tous admis les conséquences négatives de la mondialisation. Pascal Lamy, directeur général de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), a reconnu "un accroissement des inégalités". Bernard Hoakman, directeur du département commerce international à la Banque Mondiale, a souligné les problèmes nés d'une volatilité accrue des marchés et du coût des ajustements économiques et sociaux provoqué par l'essor des grands pays émergents. Mais c'est les effets positifs du phénomène qu'il a mis en avant. La mondialisation aura permis "de soutenir la croissance des pays émergents" et de "créer de l'emploi dans les pays en développement". Selon lui, "le revenu moyen par habitant, dans les pays en dévelopemment, devrait doubler d'ici à 2030". Une vision à long terme que défend également François Bourguignon, directeur de l'Ecole d'économie de Paris 1. Il explique "qu'à long terme, la Chine s'orientera vers son marché intérieur et que sa présence sur le marché international va décroître", laissant la porte ouverte aux économies africaines.

Qui domestique qui?

En pleine crise économique, le public de la Bourse du Travail a eu du mal à se projetter sur le long terme. Pascal Lamy a été interpellé par un étudiant en économie sur le dumping social et environnemental. Le directeur général de l'OMC a jugé "qu'à niveau de productivité équivalent, les travailleurs chinois ne sont pas moins payés", et "qu'aucun produit fabriqué dans de mauvaises conditions n'entre en Europe". Un autre étudiant, de Science Po, s'est posé la question de savoir "qui domestiquait qui", pointant du doigt les conséquences pour la démocratie d'une régulation internationale, prenant en exemple le cas de la Grèce. L'occasion pour Pascal Lamy de rappeler que "l'Etat garde le monopole de son action internationale".

Aujourd'hui, les interrogations sont nombreuses. Les intervenants ont joué la carte de l'optimisme. Selon François Bourguignon, "les gagnants de la mondialisation sont les pays émergents et les détenteurs de capital dans les pays avancés ou en développement. Les perdants sont les travailleurs non qualifiés des pays avancés". A long terme, tous ont reconnu qu'il était trop tôt pour dresser un bilan définitif de la mondialisation, mais qu'à l'issue d'une période de transition sans précédent, comme l'a souligné Jean-Pierre Jouyet, président de l'Autorité des marchés financiers (AMF), "les perdants d'aujourd'hui peuvent devenir les gagnants de demain".

Par Armelle Sémont et Julie Reynié Photo : © Unclesam - Fotolia.com