"Designed by Apple in California. Assembled in China". Derrière cette inscription, gravée au dos des smartphones de la marque, se cache un processus de fabrication beaucoup plus complexe. En cette période de mondialisation, "l'iPhone est devenu le symbole de l'explosion de la chaîne de fabrication", constate Jean-Marc Vittori, journaliste aux Echos. Si l'iPhone a été lancé en Californie et assemblé en Chine pour 6,50 dollars, la production des pièces a, quant à elle, été réalisée à travers le monde. La mémoire Flash et l'écran sont produits au Japon pour 60 dollars. Le processeur et ses composants associés viennent de Corée du Sud (22 dollars), tandis que la caméra, le système wifi et et les puces GPS ont été élaborés en Allemagne (30 dollars). L'Iphone aura coûté 172 dollars pour la fabrication des biens intermédiaires et 6 dollars pour l'assemblage. Au final, il sera vendu 500 dollars par Apple. Le groupe réalise ainsi une marge de 80%.

Le processus de fabrication de plus en plus fragmenté

"Ce processus n'est pas unique à Apple", remarque Gilles Le Blanc, professeur d'économie à Mines ParisTech. "Prenez une crevette pêchée au Brésil. Elle sera décortiquée au Vietnam et emballée dans un carton fabriqué en Pologne". Cette explosion du commerce vertical s'est accentuée ces dernières années : "Avant, on séparait la production et la recherche et développement (R&D) en deux blocs distincts. Mais à présent, la R&D est elle-même divisée." Par exemple, pour un médicament américain, la recherche scientifique peut s'effectuer à Boston, les tests cliniques à Singapour et les autorisations administratives accordées dans chaque pays où le médicament sera commercialisé. "Et quand on fait circuler des biens intermédiaires, on fait aussi circuler de l'énergie", ajoute-t-il. Ainsi, le pétrole qui aura servi à faire tourner les machines dans les pays du Sud-Est asiatique aura lui-même été importé d'un autre pays. En France, la consommation annuelle d'électricité atteint les 500 TWk. Le pays utilisera 850 TWk pour faire tourner les machines de ses sous-traitants à l'étranger.

Cet éclatement risque de donner lieu à des perceptions trompeuses dans le calcul de la balance commerciale. "Quand les Américains importent l'iPhone de Chine, explique le professeur de Sciences économiques Gilles Daudin, ils importent aussi, indirectement, de Corée du Sud, d'Allemagne et du Japon. Ils génèrent donc un excédent très fort en valeur standard et un déficit commercial très important avec les pays du Sud-Est asiatique." La marge réalisée par Apple contribue à fausser les calculs : "L'iPhone est entièrement produit à l'étranger mais sa valeur ajoutée est beaucoup plus importante aux Etats-Unis", insiste Alexandros Ragoussis, administrateur dans la Division des statistiques et du commerce OCDE.

En 2011, les entreprises sont de plus en plus dépendantes des transports et des politiques douanières de leurs sous-traitants. "Mais elles restent très adaptables", rassure Gilles Le Blanc.

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