L’héritage est un facteur de reproduction des inégalités, c’est un fait. Les montants reçus sont proportionnels à la classe sociale des héritiers. Or, les inégalités s’accroissent entre riches et pauvres. Entre 1998 et 2004, le patrimoine des plus aisés s’est considérablement enrichi, alors que celui des plus pauvres stagne et baisse, et plus la population est riche, et plus son patrimoine a augmenté. Un constat fait par Cédric Rio, de l'observatoire des inégalités, qui pose la question du poids de l’héritage dans la reproduction sociale.

La taxation des héritages est un bon impôt

" La théorie économique dit que la taxation des héritages est un bon impôt " selon André Masson. Il touche les seniors riches plutôt que les jeunes et il évite les inégalités sociales. Pourtant, c'est un impôt impopulaire. Une impopularité qu'André Masson explique par " l'argument émotionnel ", comme l'amour filial et les ambitions familiales. L'économiste souhaite favoriser les dons par rapport aux héritages. Les dons se font plus tôt, lorsque les héritiers sont plus jeunes et évite la double taxation: pendant la vie avec les impôts sur le patrimoine, et après la mort avec l'impôt sur les héritages. "Pour le moment on hérite à 50 ans, mais si on hérite jeune ça aide à la création d'entreprises et à l'acquisition d'un logement". L'idée générale c'est de "prendre aux riches s'ils n'ont pas voulu être altruiste. Soit ils font des dons solidaires, soit des dons familiaux, sinon ils sont taxés sur leur héritage".

Le débat divise: la taxation ne doit pas se faire sur l'héritage

Pour Thomas Piketty, "l'héritage va reprendre une importance qu'on n'avait pas vu depuis un siècle". Il considère la situation actuelle des patrimoines immobiliers comme normale. "L'équilibre est de cette nature". L'héritage doit avoir une importance considérable et le taxer est une injustice, puisque "les formes de taxation sur le patrimoine réduisent la valeur de l'héritage et du patrimoine, et donc réduisent les raisons de taxer fortement l'héritage". Actuellement les législations nationales évoluent plutôt dans le sens d'une réduction des taxations de l'héritage. Elles ont déjà été supprimées en Italie et en Suède par exemple. "C'est un impôt qui va disparaître" selon André Masson. "En France, il y a eu une diminution des taxations sur les héritages et sur les donations, mais une diminution plus importante sur les héritages". Guillaume Allègre rappelle, quant à lui, qu'en France, "le poids a plutôt été mis sur la liberté de transmettre que sur l'objectif d'égalité des chances".
Photo : © laurent hamels - Fotolia.com