"Parmi les 100 firmes les plus dynamiques des pays en voie de développement, 43 sont chinoises," assène Xavier Richet, professeur au Centre d'étude français sur la Chine contemporaine de Hong Kong, comme pour donner le ton. Il est vite rattrapé par le professeur Wladimir Andreff qui rappelle: "En 1991, la fin de l'URSS a créé de nouvelles firmes qui se sont développées et modernisées très rapidement. Aujourd'hui, le flux d'investissements directs étrangers (IDE) le plus rapide provient de la Russie, loin devant la Chine."

Quel est donc le secret de ces entreprises qui, en quelques années, ont réussi à se mettre au niveau des plus grands, au point de se positionner aujourd'hui comme de sérieux concurrents?

"Le cœur de la stratégie chinoise de développement repose sur la maturation et l'impact des IDE investis sur le territoire, expose Xavier Richet. Pendant 30 ans, ces IDE ont fortement contribué à moderniser et développer les compétences des firmes chinoises, véritables ateliers du monde. Aujourd'hui, les sociétés peuvent reproduire ce savoir-faire au niveau local et international."

"Bientôt, nous n'aurons plus "Made in China" sur nos vêtements mais "Made for China abroad"."

L'économiste insiste: ce pari chinois de s'associer aux investisseurs étrangers s'inscrit dans une politique de grandeur née avec la libéralisation de l'économie nationale au début des années 2000. L'objectif est clair: garantir le maintien des ressources en assurant l'accès aux matières premières, technologies et marchés mondiaux pour s'imposer durablement en tant que grande puissance: "Les firmes chinoises s'internationalisent grâce à une politique d'exportation, d'externalisation et de coopération industrielle, précise-t-il. D'ici à quelques années, nous n'aurons plus "Made in China" sur nos vêtements mais "Made for China abroad"."

De son côté, Wladimir Andreff l'affirme: les firmes multinationales russes sont en pleine mutation: "Les principales caractéristiques de la stratégie russe se traduisent par une expansion rapide dans le monde, une compétitivité basée sur les ressources nationales, un rôle grandissant de l'État et l'acquisition de firmes étrangères."

L'exemple de l'entreprise égyptienne Orascom, présente dans des pays tels que la Corée du Nord, illustre bien cette évolution des firmes multinationales des pays en développement qui n'hésitent plus aujourd'hui à être innovantes et à prendre de l'avance: "Dans la mesure où les opérateurs sont déjà allés à peu près partout, l’idée de partir s’implanter dans de nouveaux pays devient peu à peu moins attractive, explique Michel Hubert, directeur financier du groupe.Cela veut dire bénéficier d’une 5e ou d’une 6e licence et donc d’une faible profitabilité. Le développement de notre stratégie dans les années à venir se fera donc davantage par le rachat ou la fusion avec d’autres firmes."

Xavier Richet le répète: "les Chinois sont partout". "les Russes arrivent", affirme Wladimir Andreff . Nous voilà prévenus.
Photo : © Jürgen Priewe - Fotolia.com