Conseiller sans décider

Ils s’accordent tous sur ce point : le rôle d’un économiste est de « conseiller les décideurs face à l’évolution de la situation », a expliqué Benoît Coeuré, directeur général adjoint du Trésor. Pour Pierre-Alain Muet, député du Rhône et ancien président du CAE, « le Conseil d’Analyse Economique éclaire et nourrit la politique économique du gouvernement mais ne décide pas ». Placé auprès du Premier ministre, le CAE a pour but d’accompagner la politique économique du gouvernement grâce aux travaux empiriques d’une quarantaine d’économistes de tous bords politiques. Les grands choix de politique économique sont tranchés en dernier ressort par les ministres. Comme le rappelle Pierre-Alain Muet, « un choix de politique économique c’est d’abord un choix politique ».

Une influence a posteriori

Influence il y a, c’est certain mais tout dépend de la conjoncture. Dans les situations d’urgence, les économistes ne sont pas toujours écoutés. En 2008, pour faire face à la crise, les Etats n’ont fait que colmater les brèches. Paraphrasant Keynes « Les hommes politiques sont les esclaves des économistes morts », Benoît Coeuré explique que l’opinion des experts met du temps pour peser sur les décisions politiques, notamment parce qu’il faut y préparer le public. Comme le rappelle Jean-Michel Charpin, membre du Conseil d’orientation des retraites, les économistes ont trois moyens majeurs d’influence auprès des hommes politiques : la possibilité de faire des propositions pour les économistes qui travaillent au sein de l’Administration, la participation au débat public (organisation telle le Cercle des Economistes) et l’élaboration de rapports élaborés en commissions pour les ministres. Les économistes de l’administration ont un rapport particulier à l’influence : Benoît Coeuré parle d’ « économistes-maisons ». Ils ont, bien évidemment, un devoir de réserve, mais relayent aussi au gouvernement le débat public. Ils sont chargés ensuite d’expliquer la politique du gouvernement. Le choix définitif n’étant pas de leur ressort, leur influence n’est pas toujours optimale, bien évidemment.

Un pluralisme indispensable qui peut nuire au message

Le Conseil d’Analyse Economique l’a érigé en principe (décret n°97-766 du 22 juillet 1997) : le pluralisme permet la confrontation des points de vue et des analyses pour un débat démocratique. Pierre-Alain Muet est catégorique sur ce point : « Ce qui est important pour la politique économique, c’est le débat et non pas le consensus ; je n’ai jamais cru à la pensée unique ». Une position plus difficile à tenir face à l’opinion publique, qui ne sait plus qui croire. Les économistes le disent eux-mêmes « Il y a plein de choses qu’on ne sait pas » (Patrick Artus). Ils en appellent au travail acharné et à la confrontation des points de vue pour avancer dans la prévention et la résolution des problèmes économiques. Benoît Coeuré incite à l’ « invention » et à la « transgression » pour décupler l’utilité de l’économie. Tout un programme.
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