Au cours de la dernière décennie, le marché des matières premières a subi un important choc de demande avec la montée en puissance des pays émergents et tout particulièrement de la Chine. Entre 2003 et 2007, la part chinoise dans la demande mondiale s'est accrue de 27% à 45% pour le minerai de fer, de 20% à 39% pour le cuivre et de 20% à 44% pour le plomb, indique Gilles Bellec, conseiller pour l'industrie de l'énergie et des technologies au ministère de l'Economie, de l'industrie et de l'emploi.
En revanche,"le pétrole reste un bien de riches puisque la part chinoise n'est passée que de 7,3% à 10,6% au cours de la même période". "Pékin a une attitude très offensive en Afrique", ajoute Hadj Saadi, enseignant en économie à l'Université Pierre Mendès-France de Grenoble. "20% de ces produits miniers viennent d'Afrique, et 7% de son pétrole vient du Soudan, ce qui gêne l'Union européenne."

Concentration forte du secteur minier

A l'inverse du marché pétrolier où il existe de nombreux acteurs, le secteur minier est très concentré avec quatre groupes (Rio Tinto, BHP, Xstrata et Vale) qui réalisent 25% de la production minière mondiale et 65% de la production de minerai de fer. "Une telle concentration pose question, notamment sur l'accès aux matières premières, poursuit Gilles Bellec, même si l'échec de la fusion entre les deux géants Rio Tinto et BHP a limité les risque monopolistiques."
Les métaux rares sont également soumis à une demande forte et croissante liée à un choc technologique (développement du photovoltaïque, batteries électriques, etc). "La consommation de ces métaux devraient décupler d'ici à 2030", prédit Gilles Bellec. "Or, il y a certains minerais comme le germanium ou l'antimoine qui ne sont produits que par la Chine. Du point de vue géostratégique cela pose problème." Le gouvernement allemand a pris conscience de ces problématiques et y réfléchit alors qu'en France, la question, malgré son importance, n'est toujours pas à l'ordre du jour.

Faire face à la raréfaction des matières premières

Face à la hausse de la demande et donc des prix, "les consommateurs de matières premières vont chercher des substituts", explique Hadj Saadi. "Les technologies de production évoluent également pour obtenir le même produit avec une moindre consommation d'étain, par exemple."
Une autre piste pour réduire la dépendance européenne : développer le recyclage des matières premières, même si " cela ne suffit pas", avertit François Grosse, chargé de mission auprès du directeur de Veolia propreté. Avec la consommation actuelle de matières premières, les métaux sont disponibles pendant encore 250 à 500 ans pour le lithium mais comme "la consommation croît de façon exponentielle, la durée de disponibilité se réduit à une cinquantaine d'années".
Le recyclage permet de retarder le rythme d'épuisement "mais seulement de quelques années, voire moins", nuance François Grosse. Le recyclage du plastique qui ne représente que 4% de la consommation pétrolière, ne permet de gagner que quelques semaines supplémentaires de pétrole. "Pour accroître la durée de disponibilité, il est donc nécessaire, poursuit le chargé de mission, de réduire également la croissance de la consommation de matières premières à moins de 1% par an et d'avoir un taux de production de déchets supérieur à 80% des biens consommés, afin de réinjecter dans le circuit de production les matières premières".

Les Français stockent plus que de raison

Or, en France, la production de déchets est inférieure au seuil requis. Les Français continuent de stocker plus de 20% de ce qu'ils consomment. Entre 1996 et 2008, le parc automobile s'est accru de 20,6%. Il y a donc des efforts à fournir si nous voulons allonger la disponibilité des matières premières. De même, "le ralentissement de la consommation de matières premières nécessite d'importantes mesures de refroidissement de l'économie". En Chine, où le recyclage de l'acier atteint les 80% mais où l'augmentation de la consommation peut frôler les 10%, la durée de disponibilité du fer n'a été accrue que de six mois.
"Haut niveau de recyclage, faible croissance de la consommation des matières premières et stockage réduit des biens de consommation doivent permettre d'accroître la durée de disponibilité des matières premières", résume François Grosse. "Et de diminuer la dépendance envers les pays producteurs."
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