« Aujourd’hui, le salaire moyen d’un employé de banque à Goldman Sachs s’élève à 700 000 €, souligne François Meunier, directeur général adjoint Coface. Comment une rémunération s’élevant à plusieurs centaines de milliers d’euros peut-elle être rationnelle dans une relation normale salarié/employeur ? »

Une justification en trois temps

L’économiste retient trois théories majeures pour comprendre le phénomène. La complexité du métier de trader qui nécessite une politique de rémunération favorisant les primes et bonus, l’inversion du rapport de force entre l’employeur et son salarié, détenteur d’un capital intellectuel rare et la possibilité d’une collusion implicite entre les deux acteurs.

« L’origine d’une rémunération élevée est liée à la nature du poste, souligne Diane Segalen, vice-chairman au sein de l’entreprise TC Partners. Il est vrai que le salaire doit tenir compte de la prise de risque, mais lorsque des salariés bénéficient d'une rémunération mensuelle de plusieurs centaines de millions d’euros, cela constitue un abus inacceptable. C’est l’effet Pavarotti : le meilleur ramasse la mise.»

François Meunier se montre lui plus catégorique : « Le fonctionnement actuel du système de rémunération des traders est injustifiable s’il ne répond pas à des normes acceptables et transparentes, assène-t-il, d’un ton ferme. L’ennemi, aujourd’hui, c’est la rente. »

La nécessité de réguler les pratiques

Antoine Mérieux, responsable de la mission de contrôle des activités financières à la direction du Trésor, revient sur les récentes régulations mises en œuvre depuis la sortie de crise. Il rappelle notamment que la réglementation n’a pas cherché à moraliser le système. Selon lui, les différents gouvernements ont préféré adopter une approche prudentielle.

« La réglementation mise en œuvre depuis 2009 s’articule autour de deux points principaux : un encadrement des bonus (paiement différé, conditions d’efficacité…) et une exigence de transparence des banques, a-t-il notamment expliqué. La principale limite de cette réglementation : elle ne touche pas à la part fixe des rémunérations, qui reste en constante augmentation. Seule la part variable, c’est-à-dire les bonus, est concernée. »

Alors que les salaires des traders continuent d’augmenter, les intervenants se montrent pessimistes quant aux évolutions futures du système. « Dans notre société concurrentielle où la prise de risque est quotidienne, c’est avant tout aux Etats de mettre en œuvre, dans un souci de justice, les politiques de régulation nécessaires à rendre la société plus transparente et plus correcte», conclut Antoine d’Autume, professeur de sciences économiques.