La finance est-elle sous contrôle? "Posée en ces termes, il est clair que la réponse est non, déclare Laurence Scialom, professeur à l’Université de Nanterre, d’un ton catégorique. Tant que les États n'auront pas les mains libres pour gérer les crises bancaires, la finance échappera à toute régulation et nous ne pourrons que tenter d’en atténuer les dérives."
Même constat pour le député européen Pascal Canfin, membre de la Commission des affaires économiques et monétaires, qui appelle à la raison. "La situation actuelle est moralement insoutenable", dénonce-t-il. Reprenant l’exemple des matières premières, l’élu d’Europe Ecologie s’en prend à la volatilité des prix qu’il qualifie d’ "injustifiable" et qui n’a pour seul intérêt que de multiplier les flux boursiers. "Il est étrange qu’un actif financier se doive d’avoir un prix à tout moment. Le prix d’une carotte ne varie pas toutes les demi-secondes au supermarché, pourquoi devrait-il en être ainsi avec le prix du blé et du pétrole sur les places boursières ? Il faut mettre fin à cette hystérie de la super grande vitesse des transactions financières."

Définir avant d’agir…

Selon Jean-Paul Pollin, professeur à l'Université d'Orléans, il est important de bien cerner le problème. "Il convient de distinguer les banques dites "utiles", qui gèrent les paiements et les crédits, des banques d'investissement. Contrôler la finance revient avant tout à mettre sous contrôle ce système bancaire utile." Un point de vue que semble réfuter Jean-François Weber, chef de la division Macrofinance au sein de la Banque de France : "Une première approche assez radicale pourrait effectivement consister à séparer d’une part, les activités des banques commerciales de celles des banques d’investissement et de transformer, d’autre part, les crédits bancaires en investissement, expose-t-il. Cependant, si ces solutions permettraient de sécuriser les dépôts et de supprimer les distorsions, elles ne sont pas entièrement satisfaisantes. L’approche la plus convaincante semble être celle adoptée par le comité de Bâle III, qui a compris la nécessité de mettre en place des ratios de fonds propres pour limiter l'effet de levier et de liquidité."

Quelles solutions pour réguler la finance ?

Faute de tomber d’accord sur les solutions à mettre en œuvre, les intervenants s’entendent néanmoins sur la nécessité de réguler rapidement le système financier. Un certain nombre de propositions ont été évoquées lors du débat : "Pour permettre une supervision efficace, l’établissement d’une relation de confiance entre les interlocuteurs et la diminution de l’opacité des produits financiers me paraissent essentiels, souligne ainsi Pascal Canfin. Mais tout ne se résume pas à ces seuls points, d’autres problématiques telles que l’évaluation du risque systémique, la régulation des fonds spéculatifs ou encore la rémunération différée des traders, constituent des enjeux majeurs au sein du débat."

Jean-François Weber insiste, lui, sur la nécessité de déplacer les activités financières dans des infrastructures régulées telles que des chambres de compensation contrôlées. Un argument complété par Laurence Scialom : "Les banques pourraient agir sur les dérives du crédit pour éviter les bulles spéculatives. Pour cela, pourquoi ne pas créer de nouveaux instruments qui leur permettraient d’agir efficacement ?"

Peut-être aurons-nous un jour le loisir de mesurer l’efficacité de ces différents projets. Reste à savoir si ils remonteront jusqu’aux autorités compétentes afin de voir le jour.

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