Endogames. C'est ainsi que Daniel Lebègue, président de l'Institut Français des Administrateurs, qualifie les Conseils d'administration des grandes entreprises françaises cotées en bourse. En guise d'illustration, un chiffre : 98 personnes seulement détiennent près de la moitié des mandats d'administrateurs des sociétés du CAC 40. "Cette situation n'existe dans aucun autre pays du monde !", s'exclame Daniel Lebègue.

Le cumul des mandats, une seconde nature

"Etre administrateur d’une entreprise cotée, c’est évidemment un poste important", remarque Philippe Poincloux, directeur général de Towers Watson France. Une responsabilité qui exige du temps : environ un mois et demi à temps plein chaque année. "Il n’est guère possible pour un P-DG d'être en plus membre d'un autre CA. Pourtant, c'est souvent le cas", observe-t-il.

Le cumul des mandats d'administrateur, c'est une seconde nature parmi les principales sociétés françaises. La loi le limite à cinq. Déjà beaucoup trop, selon l’IFA. En 2005, l’association préconise qu’un dirigeant exécutif ne puisse pas occuper plus de deux fauteuils d’administrateur de sociétés cotées. "Je me demande même si deux, ce n’est pas trop, s’interroge Daniel Lebègue. Aux Etats-Unis, la pratique veut qu’un mandat soit la règle."

Moins de 15 % de femmes siègent dans les conseils d'administration

Remédier à l’endogamie, c’est également ouvrir les CA. Aux femmes d’abord, largement exclues de ce sérail. Elles occupent moins de 15 % des fauteuils d’administrateurs. "Une performance pitoyable !", dénonce le président de l’IFA. Et d'autant plus incompréhensible que selon de nombreuses études, les entreprises qui accordent une place importante aux femmes dans le management et au sein du CA se voient récompensées par "une meilleure gestion du risque, et une performance financière améliorée sur la durée".

"En 2005, nous avions pris le parti de recommander une démarche volontaire des sociétés, avec un objectif de 20 % de femmes administratrices dans les quatre ans", détaille-t-il. A l’heure du bilan, déception : moins d’un siège d’administrateur sur dix revient aux femmes. L’IFA change alors son fusil d'épaule et soutient la loi Zimmermann, actuellement en attente de promulgation, qui vise à instaurer un quota de 40 % de femmes dans les conseils des grandes entreprises d'ici à six ans. "Un objectif réaliste", estime Daniel Labègue.

Promouvoir la diversité sous toutes ses formes

Au-delà de la place des femmes dans l'encadrement des entreprises, l'IFA s'est fixé un mot d’ordre pour des "CA plus représentatifs" : "promouvoir la diversité sous toutes ses formes". Universitaires, scientifiques, salariés, étrangers... "Ce sont les profils différents, les expériences diverses qui font la richesse des débats et la qualité de la gouvernance", assure Daniel Lebègue.

Depuis 2005, l'IFA avance des propositions pour la participation des salariés dans les CA des grandes entreprises publiques et privées. Pour promouvoir une "connaissance intime de la réalité de l'entreprise" et un regard neuf sur la gouvernance d'entreprise.

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