Les crises financières se répètent et se ressemblent parfois. Pourtant, estime André Orléan, économiste et directeur de recherche au CNRS, "l'explication de cette récurrence pose problème à l'analyste économique". Les crises présentent cependant une structure commune: une période d'euphorie souvent caractérisée par une bulle spéculative, suivie d'un krach avec un retournement du marché financier.
"Les marchés financiers diffèrent des marchés de biens, avance André Orléan. Ces marchés stables sont auto-régulés par des rétroactions négatives. Quand les prix augmentent, la demande diminue et les prix doivent s'ajuster à la baisse, ce qui limite la formation des bulles", poursuit l'économiste. Sur les marchés financiers, les rétroactions sont positives: quand les prix augmentent, les investisseurs achètent, ce qui accroît de nouveau les prix jusqu'à un éventuel krach. Pour André Orléan, "ceux qui possèdent des titres à prix élevés font du rendement, or les autres investisseurs veulent les imiter, ce qui explique cette rétroaction positive." Sur les marchés de biens, l'achat s'effectue pour consommer, la question de la rentabilité ne se pose pas.
Il existe aussi un "aveuglement au désastre qui caractérise les marchés financiers". Il est alimenté par l'incertitude pesant sur l'évaluation des prix des actifs, qui ne sont que des droits sur des rendements futurs, et par les innovations financières. "Grâce à elles, indique André Orléan, les acteurs de la finance se persuadent que cette fois-ci, c'est différent."

L'innovation précède la crise

Pierre-Cyrille Hautcoeur, économiste et directeur d'études à l'EHESS, pousse alors plus loin le questionnement : "Pourquoi les crises se répètent-elles alors qu'on en connaît la cause?". Selon lui, "les grandes crises transforment la façon dont fonctionne le capitalisme", ce qui rend possible la récurrence. "Chaque crise est précédée d'une période de création de nouvelles innovations et institutions financières, poursuit-il. En 1791, par exemple, les assignats, première monnaie papier fiduciaire, ont constitué une grande innovation financière. "Le système a fonctionné deux ans avant de s'écrouler quand l'Etat a décidé d'utiliser sans modération la planche à billets", explique Pierre-Cyrille Hautcoeur. "Il a sans doute manqué les institutions nécessaires pour contrôler l'émission d'assignats et assurer leur pérennité."
André Straus, historien et directeur de recherche au CNRS, fait également remarquer que les périodes stables correspondent en général à la domination économique d'une nation. " Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, c'est le Royaume-Uni et pendant les Trente Glorieuses ce sont les États-Unis", relève-t-il. "L'entre-deux-guerres, moins stable, est, quant à lui, marqué par une certaine multipolarité", ce qui est également aujourd'hui le cas.