L’Allemagne, un modèle illusoire

Les pays pris pour modèle évoluent, changent au fil du temps. Après les exemples suédois, espagnol, irlandais, américain, la plupart des économistes ont désormais les yeux rivés sur l’Allemagne. C’est la raison pour laquelle les deux intervenants ont choisi de se focaliser sur ce modèle. « La situation de l’emploi est bien meilleure en Allemagne qu’en France », explique calmement Paul Van Den Noord. Pourquoi ? Selon lui, les raisons sont claires : « L’Allemagne a assoupli la protection du travail. Cela facilite l’embauche. La France peut en tirer des leçons », assure t-il. Pourtant, pour Michèle Debonneuil, la solution n’est pas si simple. De grandes différences persistent entre les deux pays. « La grande force de l’Allemagne repose sur sa capacité à tenir sa demande intérieure. A l’extérieur, ses compétitivités de prix et coût sont meilleures que celles de la France. Donc, naturellement, les exportations sont plus fortes », illustre-t-elle à l’aide de graphiques. Avant tout, elle juge le débat mal posé : le concept de « modèle » ne lui semble pas pertinent. Selon sa définition, le terme de pays modèle signifie un pays dont les gains de productivité sont structurellement plus élevés que ceux d’autres pays. « En Allemagne, les gains de productivité sont moindres que dans d’autres pays de la zone euro. Mais c’est un pays compétitif. », insiste t-elle. « On confond productivité et compétitivité. On nous donne pour modèle des pays qui ont une meilleure compétitivité », s’empresse-t-elle d’ajouter. De ce fait, il ne lui paraît pas juste de parler de modèle allemand. ''« C’est un pays qui a fait ce qu’il fallait faire au bon moment, mais si on faisait tous pareil, ça n’aurait pas le même effet sur nos économies. »',' assure-t-elle.

Un public entre fascination et agacement

Les questions de la salle dénotent une certaine perplexité. Un mélange de fascination et d’agacement pour ce pays qui fait figure d’exception en Europe apparaît. « L’Allemagne ne joue pas le jeu de l’Europe. Elle profite des pays de la zone euro pour exporter sans rentrer dans le jeu de la coopération », lance un participant. Un autre s'interroge «Il y a un modèle allemand mais ce n’est pas le modèle que l’on doit suivre? » Michèle Debonneuil de répliquer : « Disons qu’il va falloir les imiter, notamment sur la diminution du déficit. Mais étant donné que cela n'aura pas le même effet chez nous, on ne peut pas parler de modèle ». Il semble donc important de prendre du recul vis-à-vis de ces exemples pour suivre Michèle Debonneuil dans sa conclusion: « L’Allemagne n’est pas un modèle mais il faudra le suivre ».

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