Six cent mille emplois détruits en France entre 2007 et 2009, 6% d'augmentation du taux de chômage en Espagne sur la même période. Conséquence directe d'une baisse des produits intérieurs bruts des pays de l'Union européenne depuis le début de la crise économique, l'emploi a considérablement souffert depuis le début de la crise financière et économique. Mais l'Union connaît aussi de fortes disparités entre ses membres. Pour Daniel Vaugham-Whitehead, économiste au Bureau International du Travail (BIT), ces différences s'expliquent au travers de "facteurs conjoncturels et structurels".

* Un time-in de crise variable

La crise n'a pas frappé les pays de l'Union européenne avec la même force. Les pays de l'Est et les Etats Baltes ont vu leur forte croissance chuter très brutalement, tandis que, parmi les pays plus riches, le Royaume-Uni a plus souffert que la France. L'Allemagne, pour sa part, a vu son PIB chuter fortement avant un rattrapage substantiel. Les Etats membres ne sont pas entrés dans ce cycle de crise à la même période non plus. Premiers touchés, les Britanniques ont connu le pic de dépression en 2009. Au même moment, la crise a frappé la Bulgarie qui ''"en mesure les effets aujourd'hui"", constate Daniel Vaugham-Whitehead.

* Marchés du travail: opposition de styles

A chaque modèle ses effets de crise. Les travailleurs temporaires espagnols, qui représentent la plus grande part des actifs sur la péninsule ibérique, ont été les premiers sacrifiés. En Allemagne, ou en France, entreprises et État ont surtout eu recours à la variable d'ajustement de diminution du temps de travail. Une manière "d'amortir la hausse globale du chômage", selon Mathilde Lemoine, directrice des études économiques et de la stratégie de la banque HSBC.

* Une protection inégale

Réduire au maximum les effets négatifs de la crise économique requiert, de la part des États, une capacité de réaction politique, financière, mais aussi une tradition de protection sociale des travailleurs. "Les pays Baltes, la Roumanie, la Bulgarie ne connaissent pas le dialogue social et n'ont trouvé aucune alternative au licenciement direct", analyse Daniel Vaugham-Whitehead. "L'Allemagne, la France ou les pays scandinaves ont joué la carte du dialogue et des subventions aux entreprises et aux salariés", poursuit-il.

Après les destructions d'emploi, la reprise s'avère également très différente selon les pays. Au regard des écarts de taux de croissance actuels en Europe (2,2% en Allemagne contre -4,3% en Hongrie), la sortie de crise ne gomme pas les inégalités.

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