La conférence sur la gouvernance internationale s’est intéressée principalement au G20. Pourquoi avoir soudain parlé des questions liées au développement?

Le développement est une dimension importante de l’économie mondiale et, à Séoul, une part du sommet du G20 sera consacrée à l’aide au développement. Dans l’économie mondiale, il faut aller un peu plus loin que les problèmes conjoncturels et s’intéresser aux problèmes structurels, à la croissance. Si l'Asie décolle, l’Afrique est pour l’instant en queue de peloton, et la croissance y est encore lente. On ne peut pas se permettre de laisser cette population derrière nous. C’est un problème d'importance qui fait partie de la gouvernance mondiale. Sur ces questions, le rôle de la Banque Mondiale est primordial : c’est l’acteur le plus important de l’aide au développement. Elle gère près de quinze milliards d’aide. Grosso modo, la Banque Mondiale pèse le double du poids des plus gros acteurs bilatéraux.

Au vu des moyens déployés, jugez-vous l’aide au développement efficace ?

L’aide au développement, de 120 milliards de dollars, est efficace dans certains cas, elle l’est moins dans d’autres. Je ne vais pas vous dire que chaque dollar est dépensé de façon efficace. Dans des pays comme le Ghana, le Rwanda, l'Ethiopie, les aides ont été formidablement utiles. Et puis, il y a aussi des situations dans lesquelles l’aide est totalement inefficace. Par exemple, pendant très longtemps, des aides françaises ont été attribuées à des fins purement politiques. C’est le désavantage du bilatéralisme qui encourage les intérêts nationaux, contrairement au multilatéralisme que je défends.

N’y a-t-il pas des risques d’interventionnisme de la Banque Mondiale du fait de son action ?

Tout à fait. Il faut faire très attention à ne pas tomber dans les errements du passé. Dans les années 80, la Banque et le Fond monétaire international ont suivi une politique de conditionnalité très forte: elles prêtaient de l’argent sous certaines conditions. Ce modèle a prouvé son inefficacité. La souveraineté des pays existe, il faut la respecter, car il leur faut s'approprier les stratégies de développement. Dans le modèle actuel, c’est le pays lui-même qui pilote, sauf si les structures gouvernementales sont très faibles ou corrompues. Mais la Banque Mondiale a appris du passé, a appris de ses erreurs… il faut simplement espérer qu'elle ne reviendra pas à des pratiques de ce type-là.