• Pas de formation spécifique

Le métier de journaliste économique s'acquiert sur le terrain. C'est le constat établi par Jean-Marie Charon, sociologue des médias à l'EHESS 'Ecole des hautes études en sciences sociales). Dans les années 1990, 10% de journalistes avaient suivi des études économiques. Aujourd'hui, le chiffre est retombé à 5%. "On ne peut pas parler de journaliste économique, mais plutôt de journaliste traitant d'économie", explique le chercheur.
Loïc Hervouet, ancien directeur de l'Ecole supérieure de journalisme de Lille, va plus loin. "Il n'existe aucune formation spécifique au journalisme économique à ce jour." Si certaines écoles tentent de se rapprocher de formations universitaires, le cours d'économie reste une option. Il note toutefois l'initiative - isolée - de l'IEP de Grenoble, qui crée pour septembre 2011 un master de journalisme économique.
Et la formation permanente ne comble pas cette lacune. "Il n'existe plus un seul établissement de formation continue qui propose un contenu économique. Si bien que ces organismes sont relayés par d'autres, comme l'OMC ou la Banque mondiale. Des formations qui comportent un risque de conflit d'intérêt", déplore Loïc Hervouet.

  • Une compétence pourtant indispensable

Le rapport à l'expertise est le premier obstacle du métier. Le journaliste doit avoir les compétences nécessaires pour comprendre les sources écrites et orales dont il dispose. Comme identifier les experts appropriés et poser les bonnes questions. Même chose pour les communicants des grandes entreprises. "Sinon il se fait trimballer, il faut le dire" raille Jean-Marie Charon.
Au bout de la chaîne de l'information, le dernier interlocuteur est le lecteur, de plus en plus exigeant. Jean-Marc Vittori, éditorialiste aux Echos, en est conscient. "Parfois il y a des papiers dans les Echos que je ne comprends pas. J'en déduis que d'autres ne peuvent pas comprendre non plus. Pour être entendu par le lecteur, il faut de la compétence et du temps. Certains journalistes s'adressent à un cercle de 300 personnes qui maîtrisent leur sujet, alors que leur journal est tiré à des milliers d'exemplaires."

  • Les moyens d'informer correctement

Philippe Frémaux, directeur de la publication 'Alternatives économiques, souligne l'importance de la pédagogie : "La qualité de l'information, en économie comme ailleurs, est un enjeu majeur du débat démocratique." D'où une certaine inquiétude, si le journaliste n'a pas les moyens d'exercer son métier correctement.
A l'heure où les rédactions sont "atomisées", selon les mots de Jean-Marie Charon, où les journalistes économiques sont parfois seuls à tenir une rubrique, il est difficile d'être pédagogue. "On pourrait faire beaucoup plus si on en avait les moyens, regrette Vincent Rocken, responsable de la rubrique économique au Progrès. Nous sommes deux journalistes permanents dans le service, contre 10 il y a dix ans."
La question des moyens rejoint celle de la compétence : "Une situation économique fragile menace la qualité de l'information", avertit Jean-Marc Vittori. Il compare les salaires des journalistes français à ceux de leurs homologues américains : "Pas facile d'attirer les très bons chez nous!"