Ce n’est pas uniquement d’économie qu’il s’agit cette fois aux Jéco, mais d’économie et de sociologie avec l’enseignement des Sciences économiques et sociales au lycée. Jacques Le Cacheux explique l’esprit de la réforme. L’objectif est de réfléchir au cycle première/terminale dans son ensemble pour permettre une acquisition progressive des connaissances. La philosophie de la réforme tient en deux points selon le président du comité à l’origine de son élaboration. La logique consiste tout d'abord à différencier les approches économiques et sociologiques. Elle est ensuite axée sur l’acquisition des concepts de base indispensables en économie, notamment en première. L’idée est de « fournir aux élèves des notions et éléments de raisonnement suffisamment analytiques pour leur offrir une capacité de réflexion autonome ».

Une majorité de professeurs s’oppose au projet

Les enseignants de SES sont loin d'être d'accord. Déjà, 2 300 d'entre eux, sur 5 000, ont signé une pétition pour un moratoire sur l’application du nouveau programme. C’est par ce chiffre que la présidente de l’Apses (Association des Professeurs de Sciences économiques et sociales, SES) commence son intervention. Marjory Galy soulève quatre critiques. Premier problème : « l’encyclopédisme » et « la densité du programme », qui, avec 33 chapitres pour 32 semaines d’enseignement, apparaît trop chargé. Le nombre de notions à expliquer oblige à passer à côté des débats théoriques et ne permet pas de remettre les concepts dans leur contexte, « comme si on présupposait que les élèves possèdent tous déjà une culture économique et sociale ». La façon d’enseigner est ensuite cible de critiques, c’est un « bloc » qu’il faut transmettre aux élèves. Enfin « le recul du pluralisme théorique » est déploré, avec un cloisonnement des disciplines poussé à l’excès. L’intervention de la présidente de l’Apses reçoit un soutien très net des participants avec des applaudissements nourris.

Pourtant, tous les professeurs ne sont pas opposés à la réforme

Le nouveau programme trouve cependant le soutien de quelques professeurs, comme Jean-Renaud Lambert. Il défend la partition économie/sociologie qui va, selon lui, dans le sens de l’évolution historique de la discipline. Il récuse également les critiques selon lesquelles le manque de temps obligera les professeurs à changer leur méthode d’enseignement. Enfin, sur le manque de culture générale reproché au nouveau programme, il argue que la maîtrise des notions et des concepts permettra aux élèves de mieux comprendre les débats actuels.

Un débat qui s’inscrit dans un contexte de crise économique

Les problématiques contemporaines sont au centre de ce débat. La crise est l’occasion de s’interroger davantage sur les finalités de l’enseignement économique. Sylvie Cordesse-Marot, professeur en STG (Sciences et Technologies de la Gestion) rappelle que les élèves sont aujourd’hui encore plus désireux de comprendre les rouages de l’économie, mais aussi que la crise renforce la nécessité de former des citoyens ayant assez de recul et de formation pour être critiques. Un objectif qui est, semble-t-il, partagé par tous, mais dont la mise en œuvre divise.