Après avoir endossé un rôle de prêteur en dernier ressort, pour éviter l'effondrement du système financier international, les banques centrales entendent aujourd'hui contraindre les établissements bancaires à davantage de prudence pour améliorer la stabilité du système financier mondial. "La banque centrale espagnole a autorisé les banques à recourir à la titrisation, explique Michel Aglietta, professeur d'économie à Paris X Nanterre, mais à la condition qu'elles placent en fonds propres un montant égal aux crédits titrisés". En conséquence, au moment de la crise, elles ont disposé d'un matelas confortable de capitaux qui les a aidées à traverser la tempête. "Ce qui n'a pas empêché le krach immobilier, tempère Michel Aglietta, et montre que les banques centrales ne peuvent empêcher seules les crises financières."

Pour une surveillance macroprudentielle

Pour Pierre Jaillet, directeur général des études et des relations internationales à la Banque de France, "la supervision microprudentielle, (grâce au contrôle des fonds propres des banques, par exemple) est insuffisante". Le bilan des banques peut paraître sain alors que l'ensemble du système peut être au bord de l'effondrement. C'est pourquoi Pierre Jaillet préconise une "surveillance macroprudentielle pour prévenir les risques systémiques et gérer au mieux les crises". Pour cela, le recours à des règles prudentielles globales comme les accords de Bâle 3 semble pertinent. Un encadrement règlementaire permettrait également à la Banque Centrale de gagner en crédibilité, renchérit Jean-Paul Pollin, professeur de sciences économiques à l'université d'Orléans.

Michel Aglietta estime, pour sa part, que les banques centrales doivent adopter un point de vue contra-cyclique sur les prix des actifs afin de les modérer dès qu'il y a une hausse euphorique, sans avoir besoin d'en déterminer les causes. "Quand il y a un éléphant, on le voit, même si on ne sait pas le définir", indique l'économiste à titre de comparaison.

Enfin, il prône une coordination forte entre les banques centrales. Comme"80% du taux d'inflation est commun à tous les pays", des politiques séparées ne sont pas optimales. De même "tous les marchés d'actifs sont corrélés au niveau mondial, ce qui rend nécessaire la coordination des politiques monétaires."

"Les banques centrales doivent-elles pour autant s'intéresser à l'évolution des actifs ?", s'interroge Jean-Paul Pollin. Pour lui, maîtriser les prix des actifs par le biais des taux d'intérêt est impossible et les banques centrales ne peuvent servir de béquilles aux marchés financiers qui ne sont pas efficients. "Ce serait', estime-t-il, leur donner une trop grande responsabilité".

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