L'entrée dans l'ère du numérique provoque une concurrence exacerbée entre les médias et les oblige à trouver un nouveau modèle économique pour assurer leur avenir financier. "Avant la révolution Internet, les différents secteurs des médias - radio, télévision, presse écrite - étaient assez compartimentés", se rappelle Michael Peters, directeur général d’Euronews, lors de la table-ronde organisée par l'Ajef (Association des Journalistes Economiques et Financiers). Une donne désormais redistribuée. "Aujourd’hui, nous évoluons dans un domaine concurrentiel. Sur Internet, Radio France, Le Monde, etc. sont devenus des concurrents d’Euronews", poursuit Michael Peters. Et à côté des acteurs traditionnels, s'est greffée la tendance du journalisme citoyen, et l’essor éclair des réseaux sociaux, à l’instar de Twitter. Face à l'explosion du nombre d’acteurs, l’enjeu est clair pour exister : parvenir à être clairement identifié par le public, qui ne peut plus se fier au support matériel, trouver de nouvelles sources de profits et s'appuyer sur la qualité professionnelle des journalistes.

"Un nom qui certifie, labellise"

La stratégie ? Développer une marque éditoriale, qui donne sa valeur à l'information. "Un nom qui certifie, qui labellise, un nom qui fait entendre au public quel processus industriel de sens a été appliqué à l'information", détaille Olivier Bomsel, professeur d'économie industrielle à Mines ParisTech. Car qui dit révolution numérique, dit également mécanisme de dématérialisation. "Les médias mettent en forme l'information, l'éditent, en font un récit. Il y a encore peu de temps, le support matériel cachait cette facette fondamentale de structuration du sens, qui justifie l'utilité, et donc le prix de l'information. Les significations ne sont plus scotchées sur un papier, mais dans l’univers numérique du réseau. C’est un protocole éditorial, non plus un support, que les médias doivent vendre au public", explique Olivier Bomsel.

"Dix à quinze vidéos semblables sur Youtube"

Répondant à une question, Olivier Bomsel souligne "quand Libération parle, cela signifie quelque chose pour le public. C’est cet élément qui fait la valeur économique de l’information". Asseoir sa marque éditoriale, Michael Peters en fait sa priorité, alors que la télévision est confrontée depuis quelques mois aux bouleversements engendrés par Internet. "Sur Youtube, pour un même événement, vous trouvez dix à quinze vidéos semblables. Etablir sa marque, c'est-à-dire sa ligne éditoriale et la somme du travail réalisé par les journalistes de la rédaction, c'est ce qui permettra que le public visionne la vidéo siglée Euronews plutôt que les autres", assure-t-il. La logique de marque constitue un repère, une balise pour le public, au coeur de l’océan d’informations dans lequel il est plongé.

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