Le programme de F Hollande en matière de régulation financière est volontariste tout en restant réaliste. Il offre des débuts de solutions à des problèmes majeurs révélés par la crise financière récente. Ainsi, le cloisonnement des activités de banque de détails et d’investissement est une réponse au problème des banques systémiques. Ces dernières sont considérées comme trop grosses, trop complexes et trop interconnectées pour faire faillite, ce qui signifie qu’elles bénéficient de fait d’une garantie implicite des Etats. Cette sorte d’assurance favorise les prises de risques excessives d’autant plus que ces grandes banques sont perçues à tort par les décideurs politiques comme des champions nationaux dont les intérêts sont alignés sur l’intérêt national. La volonté de cloisonner les activités est donc un signe fort de reprise en main du politique sur la finance: un moyen de protéger le contribuable de ses dérives. Cependant, cette option seule ne suffit pas et doit être accompagnée d’un renouvellement de l’arsenal juridique permettant de démanteler ou réorganiser des banques en difficulté tout en minimisant les perturbations systémiques et les coûts pour le contribuables (actions correctives précoces, testaments bancaires et régimes spécifique de résolution des défaillances). L’interdiction de certains produits financiers dont l’utilité sociale est nulle voire négative est également une bonne mesure mais qui n’a de sens qu’au niveau international au minimum européen. La nécessité de concevoir la régulation financière à un niveau supranational est bien perçue même s’il est indiqué qu’à défaut d’accord on agira à un niveau national. Face à une finance globalisée et mondialisée cette dernière option n’est malheureusement pas possible dans tous les champs de la régulation financière.

Laurence Scialom - Professeur d'économie - EconomiX (Université Paris Ouest, la Défense)