Les propositions fiscales de Nathalie Arthaud ne sont pas faciles à identifier. Elle affirme, par exemple, être opposée à un rééquilibrage vers la fiscalité des cotisations sociales patronales. Elle accepte donc que les entreprises soient imposées sur leur seule décision d’employer des travailleurs. Elle trouve normal qu’une entreprise d’autoroute, par exemple, soit fiscalement incitée à remplacer un poste de préposé à la perception – sur lequel elle doit payer des charges patronales - par une caisse automatique sur laquelle elle ne paie rien. Ce raisonnement est curieux de la part d’une candidate qui prétend défendre les intérêts des travailleurs et des chômeurs dans un pays pourtant à la traine (au moins dans l’OCDE) depuis trente ans en matière de chômage. On peut en revanche partager, en partie, l’aversion de la candidate de Lutte Ouvrière pour la TVA, qui est de fait un impôt régressif car frappant, en fraction de pouvoir d’achat, d’avantage les plus pauvres que les plus aisés. De fait, certains travaux de fiscalité optimale, et en particulier un article scientifique célèbre d’Atkinson et de Stiglitz datant du milieu des années 70, suggèrent qu’on devrait idéalement faire reposer l’intégralité du coût de la dépense publique sur une fiscalité progressive du seul revenu individuel. En pratique, tous les systèmes fiscaux du monde conservent de la fiscalité indirecte (comme la TVA) et de l’impôt sur les sociétés, en plus de l’impôt sur le revenu, principalement du fait de la difficulté qu’il peut y avoir de bien observer les revenus individuels lorsque ceux-ci ne sont pas salariaux. Mais la candidate n’est pas très précise sur la manière avec laquelle elle voudrait mettre en œuvre son ambitieuse réforme fiscale. S’agissant de fiscalité écologique, on reste perplexe sur sa suggestion que le « contrôle des entreprises par les travailleurs », si tant est qu’il doive être mis en œuvre, soit à lui seul suffisant pour faire internaliser aux entreprises les effets que leur activité peut avoir sur l’environnement. Pourquoi les travailleurs d’une industrie polluante seraient-ils plus « vertueux », en matière d’environnement, que les cadres ou les « capitalistes » de cette industrie ?

Nicolas Gravel – Aix-Marseille School of Economics