Le programme du candidat Nicolas Sarkozy en matière de régulation financière est étonnant par son manque de volontarisme qui contraste singulièrement avec la fermeté des prises de position du Président devant le G20 mais qui est finalement en accord avec l’attentisme qui dans ce domaine a caractérisé son mandat. Les propositions sont en réalité largement de simples déclarations d’intention sans contenu précis. Ainsi, que signifie concrètement un «contrôle efficace mais non rigide du secteur bancaire» alors que la crise a révélé un phénomène massif de capture du régulateur par l’industrie bancaire et montré que pour être efficace la régulation doit être intrusive et pro-active. Les mesures préconisées collent simplement au mouvement européen et international de régulation financière sans volonté politique spécifique: renforcement des fonds propres des banques, interdiction des CDS à nu sur les dettes souveraines etc. La question de la séparation des activités bancaires est rejetée comme «solution du passé» sans argument autre que d’autorité. Pourtant, les propositions du rapport Vickers en Grande Bretagne qui visent à un cloisonnement des risques financiers (ring fencing) via une filialisation des activités de détails au sein des groupes bancaires (capitalisation plus exigeante, CA séparé, pas d’exposition aux activités de marchés etc.) a pour objectif de protéger les petits épargnants et de limiter la garantie de l’Etat à cette seule partie de l’activité bancaire. Certes les activités des banques d’investissement seront alors moins rentables du fait de la perte de la garantie de l’Etat qui leur permet de se financer plus facilement et à moindre coût mais la réduction des prises de risques corrélatives n’est elle pas le but recherché ?

Laurence Scialom - Professeur d'économie - EconomiX (Université Paris Ouest, la Défense)