Réponses de Nathalie Arthaud
Par AFSE 2012 le mercredi 28 mars 2012, 11:39 - Nathalie Arthaud - Lien permanent
Réponses en date du 26 mars.
1 - Finances publiquesLes déficits publics ont été creusés par les cadeaux incessants des gouvernements aux capitalistes : exonération de cotisations, niches fiscales, subventions directes et indirectes. C'est pourquoi ce doit être ceux qui en ont profité qui doivent assumer la charge de la dette. Les déficits publics doivent être financés uniquement par un impôt sur les revenus du capital et sur le capital.
Il faut mettre en place un impôt sur le capital, et supprimer toutes les niches fiscales. Par contre, il faut supprimer tous les impôts indirects (TVA, TICPE,...) sur les produits de consommation courante. Je suis contre toute réduction supplémentaire des budgets des services publics utiles à tous, comme les transports, la santé, ou l'éducation. Au contraire, il faut réembaucher dans tous ces services, et même en créer des nouveaux comme un service public de construction de logements sociaux.
1.3. - Êtes-vous favorable à une règle contraignante (constitutionnelle, européenne ou autre) portant sur l’équilibre des finances publiques, et si oui, laquelle ?La règle contraignante que je propose en matière de dette publique, c'est que pas un centime ne doit être pris sur les budgets des services publics, pas un centime ne doit être pris dans la poche des couches populaires pour payer la dette publique.
Aujourd'hui, la spéculation aspire des capitaux considérables et transforme la finance mondiale en un gigantesque casino. Au lieu d'être utilisés pour faire fonctionner la production, ces capitaux l'étouffent en renchérissant le prix des matières premières ou en étranglant les finances publiques. Il faut mettre fin à ce parasitisme du capitalisme financier.
Ce sont les banques qui concentrent aujourd'hui tout le capital. Il faut donc exproprier les banques sans indemnité ni rachat, et les unifier en une banque unique. Celle-ci doit fonctionner sous le contrôle de la population.
Non. Séparer les banques d'affaires et banques d'investissement, c'est laisser un champ d'action à la spéculation. Il faut exproprier puis unifier toutes les banques. Il ne doit pas y avoir d'exception à cette expropriation.
2.3 - Pensez-vous que la puissance publique puisse et doive encadrer le système de rémunération des cadres dirigeants et opérateurs des banques et organismes financiers ?
Les rémunérations des hauts cadres des banques et organismes financiers, les stock-options, les parachutes dorés, tout cela est indécent alors que la société s'enfonce dans la crise et que le nombre de chômeurs explose. Il faut évidemment imposer ces très hauts revenus des cadres d'entreprises publiques ou privées. Cette richesse est au bout du compte le fruit de l'exploitation des travailleurs et ce ne serait que justice que ceux-ci aient le droit de reprendre une partie de ce qu'ils ont contribué à créer.
Mais au-delà, ces très hauts revenus sont l'arbre qui cache la forêt, il y a les bénéfices. Et ce sont ces bénéfices, le profit du capital, qu'il faut imposer en premier lieu.
Cela fait plus d'un siècle que les frontières entre pays européens sont devenues des obstacles au progrès. L'Union européenne et la création de l'euro ne représentent que des laborieuses tentatives, constamment remises en cause, de dépasser ces cadres nationaux.
3.1 - Êtes-vous en faveur du développement d'un instrument budgétaire fédéral européen ? Si oui, quelle serait son utilisation prioritaire ?
La solidarité des États capitalistes européens n'est en réalité qu'une solidarité de brigands rivaux enchaînés à la même chaîne. Voilà pourquoi le budget fédéral européen est toujours aussi dérisoire en comparaison des budgets des grands États capitalistes européens.
Mettre en place un réel budget européen cela serait nécessaire pour unifier les économies du continent européen, mais cela ne peut s'envisager qu'en remettant en cause la domination des grands trusts sur l'économie et sur la politique des États eux-mêmes.
Le risque qu'un État fasse défaut, la menace de l'explosion de l'euro, c'est le résultat d'une économie anarchique et minée par la spéculation. Face au développement de la crise de l'euro, les grands États capitalistes savent improviser des mesures qui sauvent la peau des banquiers et du capital, toujours sur le dos des travailleurs de Grèce ou d'ailleurs.
Tout cela est fait dans l'improvisation, et pour cause, rien n'est prévisible dans cette économie capitaliste et sûrement pas la crise. Mais quand bien même ces scénarios seraient réfléchis à l'avance, cela ne les rendrait pas meilleurs pour la population.
Sortie ou pas de la zone euro, ce qui compte, c'est «qui paye». Et ce doit être aux banquiers incendiaires de payer. Évidemment, c'est une règle qui ne viendrait à l'esprit d'aucun dirigeant de l'économie.
Une Europe construite dans l'intérêt des populations conduirait à généraliser ce qui existe de meilleur pour les travailleurs à l'échelle de l'Europe. Il faut donc unifier les salaires, les conditions de travail, la législation sociale sur les niveaux les plus avancés. Ainsi, il n'y aura plus de "différentiel de compétitivité".
Sûrement pas. Le protectionnisme, ça veut dire concrètement des taxes aux frontières donc des augmentations de tous les prix et un renchérissement de la vie pour les travailleurs. Quant aux éventuelles répercussions sur l'emploi, elles sont pour le moins hypothétiques. Et cela ne répond en rien à l'urgence de combattre les licenciements qui se multiplient aujourd'hui.
4.2 - Faut-il s'engager vers une croissance "verte" et si oui, comment ?
Pour décider de ce qu'il faut produire et comment, ou pour « produire vert », il faut avoir le pouvoir de décision sur les entreprises. Pouvoir qui aujourd'hui est dans les mains des possesseurs de capitaux qui ont pour préoccupation exclusive de produire des profits et qui n'ont cure des intérêts des travailleurs, de la population et de la préservation de la planète !
Pour décider collectivement de l'orientation des moyens de production (et nous sommes en effet pour les utiliser en prenant soin et de la population et de la planète) il faut les contrôler collectivement. Voilà pourquoi nous sommes pour l'expropriation de la classe capitaliste et que nous défendons des convictions communistes.
En expropriant les banquiers et les grands groupes du CAC40, cela mettrait entre les mains des travailleurs les leviers pour organiser la production en fonction des besoins. Et on disposerait alors des moyens pour orienter la recherche dans le même sens.
Sûrement pas. S'il y a besoin de rendre tel ou tel produit moins cher, qu'on diminue les profits. Ce sont les profits qui doivent être la «variable d'ajustement» et pas les emplois, ni les salaires, ni les dépenses sociales.
5.2 - Le dispositif en place de lutte contre la pauvreté (RSA, PPE,...) vous semble-t-il satisfaisant ? Pensez-vous qu'il faille le renforcer ? L'alléger ?
Le RSA, la PPE ne sont pas des dispositifs de « lutte contre la pauvreté » car lorsqu'on touche le RSA ou la PPE, on est en plein dans la pauvreté.
Pour lutter contre la pauvreté, il faut donner un emploi à tous et un emploi qui permette de vivre. Pour cela, il faut interdire les licenciements et embaucher massivement dans les services publics.
En attendant que tout le monde retrouve un emploi, il faut relever tous les minima sociaux au niveau d'un salaire permettant de vivre.
Que signifie «l'efficacité des dépenses sociales» ? Selon moi, il faut que chaque individu ou chaque famille ait accès à la santé et ait un logement décent. Il faut que les retraites permettent à tous de vivre correctement. Voilà ce que serait une organisation sociale «efficace». Nous sommes donc pour les augmenter.
D'ailleurs, je ne considère pas cela comme des dépenses dans le sens d'un coût pour la société, car ce sont des facteurs d'enrichissement pour tous. Et c'est d'ailleurs à cela qu'on peut mesurer le degré de civilisation d'une société.
La persistance d'un chômage de masse ne date pas de la crise financière de 2008. Cela fait au moins 35 ans que le chômage est devenu le problème numéro 1 pour les classes populaires.
Mais il n'y a pas de fatalité. Le chômage est le résultat de la recherche du profit maximum.
Une mesure de bon sens serait d'interdire les licenciements et de répartir le travail entre tous, au lieu de surcharger les uns et condamner les autres à l'inactivité.
Cela suppose évidemment de prendre sur les profits.
Je suis pour la flexibilité des profits. Et si, à cause de la crise, la production baisse, que le temps de travail partagé entre tous les salariés soit réduit, d'accord, mais pas les salaires qui doivent rester pleins et entiers.
6.3 - Quelles sont vos priorités en matière d'éducation, de qualification et de formation professionnelle durant votre mandat ?
L'éducation doit être une priorité. Aucun enfant, aucun jeune ne doit être mis de côté. Il faut mettre tous les moyens nécessaires pour cela. Il faut embaucher du personnel dans l'Éducation nationale à commencer dans les écoles maternelles et primaires des quartiers populaires. Il faut pouvoir s'occuper des enfants en petits groupes.
Quant à la formation professionnelle, elle dot être prise en charge totalement par le patronat.
Sûrement pas. Cela signifierait faire payer aux travailleurs par leurs impôts une partie de leur salaire, car les cotisations sociales sont du salaire différé. La «TVA sociale» est une mesure que je dénonce. C'est une baisse de salaire déguisée.
Ce qui pèse le plus sur l'emploi ce sont les profits. Le prétendu « coût du travail » est une escroquerie. Le travail est la seule source de richesse et les profits ne sont que le fruit de son parasitisme.
Je suis pour un rééquilibrage des profits vers les salaires et vers des dépenses dans l'intérêt de la collectivité.
La priorité en matière de fiscalité, c'est la suppression de la TVA, l'impôt le plus injuste, car il touche de la même manière le smicard et le milliardaire.
Et il faut le remplacer par un impôt fortement progressif sur les revenus du capital, c'est-à-dire de l'exploitation.
Par principe, je suis opposée à toute taxe qui pèse sur les classes populaires. Je ne suis pas opposée à une taxe qui pèserait sur les plus riches mais je n'ai pas l'illusion que cela ait une efficacité écologique.
Pour décider consciemment de comment produire en prenant en compte, entre autres, les problèmes écologiques, il faut reprendre la maîtrise de la production. C'est-à-dire l'arracher aux lois de la concurrence et du profit.
C'est pour cela que la revendication du contrôle des entreprises par les travailleurs est la seule manière de garantir le respect des intérêts collectifs et de l'environnement.
Pour mettre fin au chômage, il faut imposer au grand patronat l’interdiction des licenciements et la répartition du travail entre tous sans diminution de salaire ; il faut imposer à l’État des embauches dans les services publics déjà existants ou encore à créer, utiles à toute la population.
Pour assurer un pouvoir d’achat convenable pour tous, il faut imposer l’augmentation de tous les salaires et de toutes les retraites et pensions. Il faut garantir ce pouvoir d’achat par l’indexation automatique des salaires, retraites et pensions sur le coût de la vie, mesuré par la population travailleuse elle-même.
Pour démontrer que tout cela est possible, réaliste, et que la classe capitaliste peut en assurer le financement sans même se retrouver sur la paille, il faut imposer le contrôle des travailleurs sur les entreprises industrielles et bancaires, en commençant par supprimer le secret des affaires.