1.2 - Par quelle combinaison d'augmentation des impôts et des prélèvements obligatoires, et de réduction des dépenses des administrations publiques pensez-vous l'obtenir ?

Tout d'abord, je tiens à rappeler que si les taux d'imposition étaient aujourd'hui ceux de l'an 2000 l'Etat percevrait 100 milliards de recettes en plus, soit plus que le déficit actuel, selon les chiffres du député UMP Gilles Carrez ! Nous prônons le retour à l'équilibre budgétaire par une augmentation des recettes et une maîtrise des dépenses. L'augmentation des recettes doit être concentrée sur les entreprises et les ménages les plus aisés, qui ont le plus profité des baisses d'impôts des dix dernières années. J'ai réalisé un contre budget chiffré qui montre la crédibilité financière de mes propositions. Il est accessible sur mon site evajoly2012.fr

1.3 - Etes-vous favorable à une règle contraignante (constitutionnelle ou autre) portant sur l'équilibre des finances publiques, et si oui, laquelle ?

Je n'y suis pas favorable. La règle d'or est un carcan dangereux, qui ne laisse pas de marge de manœuvre pour amortir les chocs sociaux et économiques en cas de récession soudaine et brutale. Certains proposent d'introduire de la souplesse dans la règle mais dans ce cas, celle-ci perd de sa crédibilité et donc son utilité même. Soit la règle est stricte et elle est dangereuse, soit elle est flexible et elle est inutile.

2 - Régulation financière
2.1 - Quelles réformes du système bancaire et financier français comptez-vous proposer durant votre mandat ?

Remettre le système financier au service de l'économie réelle et de la société est une priorité. Je soutiens notamment la séparation stricte des activités de dépôts et de marchés des banques. Les dépôts des français ne doivent plus financer la finance casino. Je souhaite également que les banques se voient interdire les activités spéculatives pour compte propre à l'image des réformes en cours aux Etats-Unis. Enfin, je ferai en sorte d'en finir avec le secret bancaire en adoptant en France la loi similaire à celle qui entrera en vigueur aux Etats Unis en 2013 et qui écrase le secret bancaire pour tous les citoyens américains. J'obligerais également les très grandes entreprises françaises, et notamment les banques, à la transparence fiscale.

2.2 - Procéderez-vous par concertation avec nos partenaires européens ou agirez-vous de façon unilatérale ?

Cela dépendra des sujets. Quand l'échelon national n'a pas de sens, alors je tâcherai de convaincre nos partenaires européens. Cela ne doit pas pour autant nous empêcher d'agir au niveau national. Rien n'empêche aujourd'hui à la France d'imposer la séparation des activités de ses banques. Les Anglais y réfléchissent très sérieusement, pourquoi pas la France ? Idem pour le secret bancaire. Je refuse que l'absence de consensus européen ou mondial permette de justifier l'absence de volonté politique réelle de changer les choses en matière de régulation financière. Je porterai également, une vraie taxe sur les transactions financières dans la zone euro, qui aille bien au delà de l'écran de fumée proposé par Nicolas Sarkozy.

2.3 - Pensez-vous que la puissance publique puisse et doive encadrer le système de rémunération des cadres dirigeants et opérateurs des banques et organismes financiers ?

C'est déjà le cas, des règles européennes existent. Malheureusement, les Etats - France en tête - ont tout fait pour affaiblir ces règles lors des négociations avec le Parlement européen ce qui permet aujourd'hui aux banques de se jouer de certaines contraintes. Au final, les pratiques ont trop peu changé et les banques - y compris certaines en difficulté - continuent de distribuer des bonus indécents. J'avais à l'époque soutenu des règles plus ambitieuses, je suis plus que jamais convaincue que nous avons besoin d'un encadrement beaucoup plus strict de ces rémunérations. Les banques qui sont aidées actuellement par la Banque centrale européenne ne devraient pas être autorisées à verser des bonus et des dividendes.

3 - Europe et euro
3.1 - S'agissant de la zone euro, quelles avancées défendrez-vous au Conseil européen ?

Le pacte de stabilité européen est devenu sous l'impulsion du duo Merkozy un “pacte d’austérité” qui ne fait qu'aggraver la crise. Je propose de le remplacer par un Pacte de Développement Écologique et Social qui sera un équilibre entre des objectifs d'équilibre budgétaire et la réalisation des objectifs européens en matière sociale et environnementale. Ce plan doit permettre de financer un grand plan d’investissement dans la transition écologique. La dette qui finance des dépenses d'avenir n'est pas un poids pour les générations futures mais une chance de construire un monde écologiquement soutenable. Au lieu de l'austérité généralisée car mon objectif est la soutenabilité sociale, environnementale et financière.

3.2 - Comment régler de façon durable les problèmes de compétitivité des pays membres au sein de la zone euro ?

Tout d'abord, il faut mettre fin aux politiques de déflation salariale généralisées. Si tous les pays européens compriment les salaires, personne ne gagne en compétitivité et c'est l'économie européenne dans son ensemble qui régresse. Des milliers de salariés allemands gagnent aujourd'hui moins de 5 euros de l'heure du fait du refus du gouvernement conservateur d'introduire un salaire minimum. L'Europe devrait mettre en place une stratégie d'investissements dans les énergies renouvelables et la transition écologique de l'économie, conçue au niveau communautaire, et financée par les "obligations de projet" sur lesquels la Commission européenne travaille.

3.3 - Etes-vous en faveur d'une forme de fédéralisme fiscal au sein de l'union européenne ? Si oui, laquelle ?

Je soutiens fortement à la fois la mutualisation partielle des dettes publiques nationales, mais aussi d'une partie des recettes fiscales. Pourquoi ne pas créer une taxe européenne sur les multinationales ou sur les contribuables les plus aisés ? Ainsi, nous mettrons fin à l'absurde concurrence fiscale entre Etat. Je constate que si l'Europe fiscale avance lentement c'est à cause du souverainisme des Etats. Le Parlement européen et la Commission sont favorables à une taxe européenne sur les transactions financières, à un impôt harmonisé sur les multinationales, à une taxation unique de l'épargne pour éviter l'évasion fiscale. Mais ce sont les Etats qui bloquent la protection que l'Europe pourrait apporter en la matière.

4 - Croissance
4.1 - Indépendamment de la crise actuelle et des ajustements budgétaires en cours, le moteur de croissance à long-terme s'est manifestement grippé en France. Que préconisez-vous pour le relancer?

Tout d'abord je ne cherche pas la croissance pour la croissance. la France est aujourd'hui trois plus riche qu'en 1974. Sommes nous trois fois plus heureux, y a t il trois fois moins de pauvres ou de chômeurs ? De plus en plus d'économistes affirment que le PIB n'est pas un bon indicateur pour mesurer ce qui est important, donc attention à ne pas regarder le monde avec de mauvaises lunettes. Ce qui compte c'est la lutte contre le chômage. Or la France dispose d'un immense gisement d'emplois inexploités : la transition écologique de son économie. J'ai montré que cela peut créer 1 million d'emplois d'ici 2020. Mais encore faut il mener d'autres politiques que celles qui dominent aujourd'hui, à droite bien sur mais aussi parfois à gauche.

4.2 - Pensez-vous que le protectionnisme vis-à-vis de la concurrence des pays à bas coût de main d'œuvre est-il une mesure propre à soutenir la croissance ? Quelles en sont, selon vous, les conséquences sociales, directes et indirectes, en particulier en matière de pouvoir d'achat ?

Je ne crois ni à un protectionnisme qui verrait la France se replier sur elle-même ni à un libre-échangisme naïf où la concurrence étrangère n'aurait que du bon et où la mondialisation serait forcément "heureuse". Face à des pays qui ignorent toutes règles sociales et environnementales ou qui manipulent leurs monnaies, il est essentiel de protéger nos industries et nos emplois. Car la perte de pouvoir d'achat elle est avant tout pour l'ouvrier dont l'usine a été délocalisée. C'est pourquoi, je soutiens l'introduction au niveau européen de clauses sociales et environnementales strictes pour éviter cette concurrence déloyale.. Comment créer des filières dans des nouvelles technologies comme le solaire ou l'éolien, si nous n'aidons pas nos industriels à grandir ?.

4.3 - Comment soutiendrez-vous l'innovation technologique durant votre mandat ?

L'innovation technologique repose sur deux piliers : une recherche publique forte et des entreprises innovantes. Je propose d'investir d'un milliard d'euros pour la création de 5000 postes de chercheurs, et en moyens de recherche des laboratoires, organismes et universités. Sans une recherche publique forte, la France se condamne au déclin technologique. Le soutien à l'innovation passe aussi par les entreprises. Je propose également de recentrer le crédit d'impôt recherche sur les PME innovantes notamment celles qui permettent d'inventer la nouvelle économie verte.

5 - Politique sociale
5.1 - Pensez-vous inévitable de diminuer le montant des dépenses sociales si l'on veut améliorer la compétitivité de l'économie?

C'est tout l'inverse. Notre économie sera d'autant plus compétitive que nous assurons un haut niveau de protection sociale à l'ensemble de la population. D'autant plus, que ces dépenses collectives ne disparaissent pas, elles sont simplement transférées dans les budgets de chaque ménage. Rappelons que les Américains - qui ne disposent pas de sécurité sociale obligatoire, ont des dépenses de santé supérieures aux nôtres. Il est possible de concilier compétitivité, haut niveau de protection sociale et équilibre des comptes publics, les pays scandinaves y parviennent, pourquoi pas la France ?

5.2 - Quelles mesures comptez-vous proposer pour lutter contre l'accroissement en cours et à venir de la pauvreté ?

La pauvreté n'est pas une fatalité. La richesse par habitant est aujourd'hui 50% plus élevée qu'il y a trente ans. Pourtant, je croise tous les jours des Français pour qui la vie est de plus en plus dure. C'est le reflet d'un chômage de masse persistant et de l'accroissement des inégalités faute d'une véritable redistribution des richesses. C'est pourquoi, je propose une augmentation immédiate des minimas sociaux dont le niveau ne permet pas aujourd'hui d'échapper à la pauvreté et une réforme fiscale de grande ampleur qui permette de réduire les inégalités.

5.3 - Comment assurer la pérennité et la qualité du système de santé (hôpitaux, accès aux soins, financement) durant votre mandat ?

Ma priorité est de renforcer la prévention en matière de santé et d'assurer l'égalité d'accès à la santé. Je propose la création sur l'ensemble du territoire de maison de la santé et de l'autonomie qui regrouperont médecins et professions de soins ainsi que la suppression des franchises médicales qui sont particulièrement injustes. Par ailleurs, savez vous que les français consomment pour des milliards d'euros de médicaments de plus que les anglais. Si nous consacrions la même part du PIB aux médicaments, nous économiserions de l'ordre de 16 milliards d'euros. Plus que le déficit de la sécurité sociale prévu pour 2012! Le pouvoir des lobbys pharmaceutiques a poussé à une surconsommation médicamenteuse Changer ces pratiques permettrait de réaliser de substantielles économies.

6 - Emploi et chômage
6.1 - Quelles mesures comptez-vous prendre pour contrer la récente montée du chômage, et en particulier du chômage des jeunes ?

Pour être efficace, il faut avoir une vision, une stratégie. La mienne est de tout faire pour que la France crée un million d'emplois dans la transition écologique et le mieux vivre, c'est à dire la prise en charge de la petite enfance ou une gestion plus humaine de la dépendance. Les emplois verts, dans le bâtiment, l'énergie, les transports, l'agriculture, l'industrie..., et les emplois dits du "care" sont les deux piliers de ma stratégie de créations d'emplois. Je veux aussi permettre aux salariés de reprendre plus facilement leur entreprise quand celle ci est rentable mais pas assez aux yeux de l'actionnaire qui souhaite la fermercela permettrait d'éviter la fermeture de sites comme la papeterie M-Real en Normandie, ou celui de Fralib dans les Bouches du Rhône qui fait le thé de la marque Elephant pour le groupe Unilever.

6.2 - Défendrez-vous des mesures promouvant la flexibilité du marché du travail ? Ces mesures auraient-elles selon vous un impact négatif sur les inégalités de revenus ?

Augmenter la flexibilité de l'emploi, c'est faire payer aux plus faibles l'ouverture de nos économies. Si l'augmentation de la flexibilité du travail permettait de créer des emplois, cela fait longtemps que le chômage aurait dû disparaître en France tant l'emploi précaire s'est multiplié depuis trente ans entre contrats à durée déterminée, intérim et autres temps partiels contraints. Il est devenu très rare pour un jeune de décrocher un CDI. Le marché du travail des jeunes est ultra flexible : c'est pourtant là où le taux de chômage est le plus élevé. Ceux qui prônent la flexibilisation du marché du travail, semble ignorer cette réalité. A moins que leur agenda est de pouvoir imposer ce chantage permanent à l'emploi à l'ensemble des salariés.

6.3 - Quelle politique en matière de qualification et de formation professionnelle promouvrez-vous durant votre mandat ?

Je propose de créer un crédit de huit années de formation tout au long de la vie, car la qualification est la meilleure arme contre le chômage au niveau individuel. Ce crédit inclurait la formation initiale après 16 ans et la formation continue. Ainsi, ceux qui sont sortis jeunes du système scolaire sans qualification suffisante auront la possibilité de reprendre par la suite un cursus de formation pour compléter leur formation professionnelle. Cette proposition constitue une évolution importante du système de formation professionnelle qui bénéficie aujourd'hui paradoxalement en premier lieu aux plus qualifiés. Mon souhait, c'est que ceux qui ont eu une formation initiale courte bénéficient au contraire d'une formation tout au long de la vie plus importante.

7 - Fiscalité
7.1 - Etes-vous en faveur d'un rééquilibrage des charges sociales pesant sur l'emploi vers la fiscalité? De quelle ampleur devrait-il être?

Défendre cette idée revient à penser que le problème numéro un serait le coût du travail. Or je rappelle que le coût du travail dans l'industrie, là où il y a le plus de concurrence, est équivalent en France et en Allemagne. Nous devons effectivement réfléchir aux moyens d'élargir la base de financement de notre sécurité sociale au moyen par exemple d'une contribution sur la valeur ajoutée et pas seulement de cotisations pesant sur le travail. Mais la priorité à court terme de la réforme fiscale doit être d'introduire plus de justice et de fiscalité écologique. Il n'est pas acceptable que les entreprises du Cac 40 ne paient que 8 % d'impôts sur les bénéfices quand les PME en paient plus de 20 % comme le montrait récemment la Cour des comptes.

7.2 - S'agissant de l'imposition du revenu et des patrimoines, quelle grande réforme vous paraît-il important d'entreprendre? La fusion CSG-impôt sur le revenu vous parait-elle une priorité?

Je souhaite que les revenus du patrimoine et du travail soient imposés de la même manière. Il n'est pas normal que le rentier soit aujourd'hui moins imposé que le travailleur. Nous soumettrons l'ensemble des revenus du capital au barème de l'impôt sur le revenu. La CSG doit également devenir plus juste en devenant progressive. Il est évident que si la fusion avec l’IRPP était nécessaire elle ne devrait pas conduire à diminuer les recettes de financement de la protection sociale.

7.3 - Etes-vous en faveur d'une taxe carbone, au niveau national ou européen? Sous quelles conditions? A quel prélèvement pourrait-elle utilement se substituer?

Je suis favorable à une contribution climat-énergie en France, et à son élargissement au niveau européen. La taxe carbone version Sarkozy était à la fois inefficace écologiquement et injuste socialement. La contribution climat-énergie doit permettre aux Français de s'adapter plutôt que de subir l'augmentation des prix de l'énergie car son produit sera pour moitié consacré à des investissements publics dans les économies d'énergie et pour le reste redistribué aux français les moins favorisés sous forme de chèque vert. La France est toujours l'un des pays où la fiscalité écologique est la plus faible d'Europe. Ce qui explique d'ailleurs que contrairement à l'Allemagne ou au Danemark nous ne créons pas ici les emplois verts qui se développent ailleurs.

8 - Mesures et calendrier
8.1 - Quelles mesures en matière économique vous engagez-vous à prendre dans la première année de votre présidence ?

La priorité est d'engager la grande réforme fiscale et de lancer le plan de transition écologique. Dès la première loi de finances rectificative je pendrai une loi équivalente à celle prise par Obama qui supprime le secret bancaire. L'évasion dans les paradis fiscaux représente 30 milliards d'euros de manque à gagner chaque année pour les recettes de l'Etat, soit un tiers du déficit public. La combattre est la priorité numéro un pour remettre de la justice dans le système fiscal. En parallèle, je créerai un livret vert pour flécher l'épargne des français vers les investissements verts, je mettrai en place une fiscalité écologique et je supprimerai les niches fiscales antiécologiques comme la TVA à taux réduit sur les pesticides, qui est un non sens absolu.

9 - Chiffrage
9.1 - Quelle est votre évaluation du coût budgétaire total de votre programme économique ?

J'ai publié le chiffrage de mon programme qui est disponible sur mon site. J'ai fait un contre budget qui montre que le projet des écologistes est finançable, crédible, sérieux tout en étant un vrai projet de transformation et d'avenir. Je trace un chemin qui n'est ni celui du renoncement au nom de la contrainte budgétaire, ni celui du "demain on rase gratis" qui se heurte sur la réalité. C'est cela pour moi le vrai changement.