Le programme de N Dupont Aignan en matière de régulation financière se veut volontariste d’inspiration souverainiste. Or, contrairement aux intentions affichées la posture souverainiste est plutôt une entrave qu’un atout pour une meilleure régulation financière dans la mesure où face à des banques véritablement pan-européennes, des marchés hautement interconnectés et à toutes les possibilités de contournement de la réglementation nationale permises par une telle finance globalisée, les régulateurs nationaux ne peuvent que constater leur impuissance. Seul un véritable transfert de souveraineté au niveau européen tant pour le contrôle et la supervision que pour la coercition et la sanction peut permettre à la régulation de mordre et de contrer les dérives de la finance.
Ce programme ne fait donc pas la part des choses entre ce qui peut encore relever du niveau national avec une certaine efficacité à savoir notamment la question de la séparation des activités de banques d’affaires et de banques de détails et des champs de la régulation financière qui n’ont de sens et d’efficacité qu’à un niveau supranational au minimum européen comme la taxe sur les transactions financières ou l’interdiction de certaines pratiques financières qualifiées de spéculatives comme la titrisation, dark pool etc. Dans ce dernier cas, les effets pervers de mesures prises unilatéralement au niveau domestiques en termes d’emplois et de détournements d’activité seraient tout à fait démesurés pour une efficacité en termes de contrôle des pathologies de la finance très limitée voire probablement contre-productive. Par ailleurs les propositions sur les bonus révèlent une méconnaissance véritable ou feinte des avancées européennes en la matière dans la mesure où la législation européenne (janvier 2011) impose déjà un étalement dans le temps (entre 3 et 5 ans ce qui est du long terme pour un trader...) et un système de malus en cas de mauvaises performances.

Laurence Scialom - Professeur d'économie - EconomiX (Université Paris Ouest, la Défense)